Native
du Nouveau-Brunswick, Dolorès Plourde Duong
est établie depuis 1981 à Beauport
(Qc, canada). Elle a fait ses études en
psychologie, en neuropsychiatrie et en plus elle
a complété une maîtrise en
enseignement. Elle a par la suite, en 1991, fait
un certificat en histoire de l'art à l'Université
Laval. Elle a aussi pris part à de nombreuses
formations et ateliers de perfectionnement de
son art et elle a fait plusieurs voyages d'étude,
notamment aux Etats-Unis, au Paraguay, au Costa-Rica
et au Vietnam. Elle possède son propre
atelier de sculpture, "Cythère",
à Beauport.
"Lorsque j'ai fait mon
certificat en Histoire de l'art à l'Université
Laval, j'ai fait une recherche sur les uvres
en terre cuite et les dessins dans les cavernes.
Cette recherche influencera mes créations
à venir. Même si Dolorès avait
déjà centré son art sur la
femme depuis 1981, ces recherches lui ont ouvert
une nouvelle porte".
"Le fait de centrer mon
art sur la femme est une chose qui s'est imposé
encore plus fort à moi depuis environ 1990.
J'ai travaillé pendant un certain temps
en psychiatrie, surtout avec des femmes, et j'ai
connu leurs angoisses et leurs tourments. De plus,
j'aime modeler la terre, lui faire prendre vie.
Je trouvais que l'argile sentait la femme, d'autant
plus que les composantes de l'argile sont les
éléments qui composent l'être
humain".
Dolorès aime construire
un univers poétique qui repose sur la symbolique
du matériau.
En effet, au début
de sa démarche artistique, Dolorès
Plourde Duong a fait comme tous les artistes,
du dessin, de la peinture mais travailler avec
l'argile, manipuler avec ses mains cette terre
exerçait chez elle "un sentiment de
séduction-répulsion sans oublier
que le feu qui lui, inspirait la crainte et l'attraction.
La maîtrise de ces éléments
était un défi personnel, social
et politique".
"Tout en étant
attirée pas l'interdit et la création
et en ayant dans mon subconscient la peur de la
punition, j'étais passionnée par
cette terre informe qui devenait personnage et
par le feu qui mûrissait l'argile. Vous
vous souvenez sans doute qu'étant jeune,
jouer avec la terre, la vase, c'était sale
donc incompatible avec les bonnes manières
des filles. Pire encore pour les adolescentes
et les jeunes filles, il ne fallait pas jouer
avec le feu, puisqu'on invoquait alors les jeux
de l'amour".
La voici qui nous raconte
une anecdote personnelle. "Nous étions
trois femmes à Rimouski au bord de l'eau
à faire des cuissons primitives. On le
fait alors avec du bois de grève, des herbes
et des algues marines séchées. Un
monsieur d'un certain âge vient à
notre rencontre et nous dit : Les petites filles,
c'est dangereux de jouer avec le feu. Nous avons
éclaté d'un rire fou. Oui, des femmes
de 50 ans se faire traiter de petites filles et
surtout se faire dire de ne pas jouer avec le
feu. Comme si nous, les filles, nous n'avions
pas le droit d'utiliser et de maîtriser
le feu".
"Les historiens de l'art
en parlant des artistes et ce qui influençait
le plus leur création étaient le
vécu expérientiel de l'enfance.
En effet, les expériences, les émotions
s'impriment dans l'inconscient et le conscient
se souvient des souffrances et des bonheurs du
temps jadis".
Femme
d'une grande spiritualité et sensibilité,
Dolorès Plourde Duong veut avant tout susciter
des réactions chez les gens à travers
ses uvres. "C'est de l'émotion
que je veux exposer. C'est saisir l'émotion
dans l'autre ou transmettre mes émotions
à travers mes uvres. Quand je vais
chercher les gens émotivement, je sens
que j'ai réussi. De plus, une fois que
l'objet est terminé, il ne m'appartient
plus, puisque je lui ai transmis une certaine
émotion. Je suis donc prête, à
ce moment, à franchir une autre étape
afin de créer une nouvelles uvre",
explique l'artiste avec passion.
Partageant son temps entre sa famille,
le jardinage et la sculpture, elle aime encore
s'émerveiller devant la vie en admirant
constamment la beauté de la nature et de
la personne. "L'esthétique naissant
des formes naturelles m'inspire davantage et j'aime
prendre le temps de créer des uvres
qui vont séduire".
"Dans une uvre, ce qui
est important pour moi, c'est d'exprimer une émotion
qui peut être souvent ambiguë et ainsi
laisser place à l'émotion de l'observateur.
Celui-ci doit contourner l'uvre, sentir
sa présence, la toucher et alors lui conférer
un sens. Pour moi, une uvre doit susciter
une communication, stimuler l'imaginaire ou une
réalité émotive chez les
spectateurs. Ma création se veut une réévaluation
du réel tout en faisant appel aux éléments
mnémoniques de la terre Mère, et
un hommage à la gardienne de la vie".
Durant sa longue carrière
qui lui a permis d'acquérir un énorme
bagage de connaissances, Dolorès Plourde
Duong n'a jamais cessé d'étudier,
d'enseigner, d'exposer, de voyager et surtout,
d'explorer. Elle dit que la méditation
zen rend ses uvres plus douces et que le
Raku, technique japonaise de cuisson de la terre,
lui permet de rendre ses créations uniques.
"Il me faudrait vivre plusieurs vies pour
tout explorer. J'ai encore plusieurs idées
de création avec de nouveaux matériaux
et je veux apprendre à sculpter le bois.
Je veux encore travailler au moins jusqu'à
80 ans", s'exclame-t-elle avec enthousiasme.